25-01-2026
Article rédigé par Thierry Lecocq
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Lluís Gómez, citadin de Barcelone, très entreprenant, tout ceux qui ont pu le voir sur scène ou le rencontrer dans la vie ont été illuminés par son sourire catalan ensoleillé et sa bonne énergie. Il fait beaucoup pour le Bluegrass européen, pour l’Espagne et avec une grande modestie. En plus d’être excellent au banjo avec un style assez moderne, je l’ai vu commencer le violon et il en joue très bien maintenant. Il nous explique comment il procède pour mener toutes ces activités de front.
TL : Je vais commencer par cette question habituelle : comment as-tu découvert le bluegrass ? Et pourquoi as-tu choisi le banjo ?
LG : J'ai découvert le bluegrass grâce à l'album Banjo Paris Session. C'était un disque très populaire en Espagne, sorti chez Guimbarda. Ils ont beaucoup popularisé la musique folk en Espagne à la fin des années 70 – souvenez-vous, Franco est mort en 1975.
TL : Pourquoi le banjo ?
L.G : Je ne sais pas vraiment. À l'époque, j'étudiais la guitare classique, puis j'ai commencé à prendre des cours de guitare électrique. Le banjo est apparu dans ma vie comme par magie. Je me souviens encore d'avoir écouté en boucle « Mr. Glubo » de Jean-Marie Redon.
T.L : Tu es très actif en Espagne avec tes différents projets de groupes, CDs, méthodes, cours, festivals et workshops… Comment fais-tu pour tout gérer aussi bien ?
L.G : Haha, bonne question ! Eh bien, je pense que c'est parce que je suis très organisé et que j'aime avoir un projet bien défini. Tout prend du temps, alors j'aime m'y prendre à l'avance. En résumé, je suis quelqu'un de très organisé.
T.L : Quand je suis venu jouer à Barcelone en 2009, on avait jammé après le dîner, et c'était la première fois que j'entendais un mélange de flamenco et de bluegrass, avec ton ami au cajon. Je t'avais suggéré d’explorer dans cette direction. Depuis, j'ai écouté ton dernier album, qui est excellent, avec des morceaux dans ce style. J'ai aussi assisté à ton concert au festival de Laroche l'an dernier et même Béla Fleck t’as sollicité comme intervenant lors de son banjo camp. Comment penses-tu évoluer dans ce domaine ?
L.G : Merci, c'est un honneur. Le confinement a été un tournant majeur pour chacun d'entre nous, un temps de réflexion. J'ai eu la chance de participer à une visioconférence avec d'incroyables banjoïstes comme Jake Schepps, Nat Torkington, Adam Larrabee, Hank Smith, Béla Fleck et Tony Trischka, entre autres. C'est Béla qui m'a encouragé à explorer mes racines, et depuis, je travaille ce style. Parfois, le résultat est magnifique, et d'autres fois, c'est un vrai défi de s'adapter, surtout au niveau du strumming. Je travaille actuellement sur mon prochain album, et mon intention est de continuer à explorer cette voie.
TL : On t’a vu jouer au festival de Laroche avec un concept différent à chaque fois. As-tu un nouveau concept pour cette année ?
LG : Cette année, je suis vraiment ravi car je vais jouer avec Paul Van Vlodrop et ses Alley Cats, ainsi qu'avec un groupe international organisé par Joram Peeters. J'ai tellement hâte !
TL : J'ai eu le plaisir d'être invité à jouer au festival Al Ras en décembre, et j'ai été ravi de découvrir de nouveaux musiciens bluegrass espagnols talentueux et enthousiastes. Peux-tu décrire la situation actuelle de cette musique dans ton pays ?
LG : Je suis vraiment ravi de la scène bluegrass en Espagne, et plus particulièrement à Barcelone. Nous avons un festival qui fêtera ses 25 ans en 2026, et le Camp qui a eu 10 ans cette année ! Je pense que, grâce à l'association Al Ras, nous faisons du bon travail pour promouvoir cette musique auprès de nouveaux publics et même l'intégrer dans les écoles – nous avons vraiment besoin de la participation des jeunes. De plus, le niveau des musiciens et des groupes s'est considérablement amélioré ces dernières années. Nous pourrions désormais organiser une édition entière d'Al Ras uniquement avec des groupes locaux, et nous en sommes très fiers!
TL : Une dernière question : en France, Philippe Bourgeois était un banjoïste exceptionnel (son album « Nashville »). As-tu déjà écouté sa musique ou l’as-tu vu jouer ? [J’ai posé cette question juste quelques jours avant sa disparition, comme une prémonition…]
LG : Bien sûr, je connais sa musique, pas lui en personne, mais il figure sur l'album « Masters of the Five-String Banjo », et grâce à YouTube, je l'ai vu jouer. Quel banjoïste exceptionnel ! Un jeu d'une grande maîtrise ! L'album « Nashville » est incroyable, avec Béla à la guitare et des musiciens comme Sam Bush. Le rêve !
CDs conseillés: FlamenGrass et DotzeTemps
Le site de LLuis Gomez : http://www.lluisgomez.com/
- Article très intéressant sur un musicien très actif et vraiment sympa, Lluis, par Thierry, un autre musicien qui, c’est le moins qu’on puisse dire, maitrise le sujet. 👍