Je l'ai déjà dit à maintes reprises, participer à un concours implique de correspondre aux normes de sélection. Ce qui, par définition, limite la liberté d'expression: on est conforme ou non aux critères d'éligibilité, donc il faut faire l'impasse sur les originalités.
De même, le jury souscrit à ces normes et vote en conformité. L'élection du meilleur est donc, forcément, le fait de "pairs", en particulier en Europe où aucun musicien n'atteint la notoriété des américains. Les membres du jury européen sont, de près ou de loin, des copains que l'on soit à Voorthuizen ou ailleurs. Ce qui change, c'est la manière de dire qui sont les copains qui peuvent voter.
Dans un second temps, le public "naïf", celui qui ne connaît rien au Bluegrass, est insensible à l'argument de qualité reconnue par les pairs. En carricaturant à peine, un bon groupe est celui qui joue "Duelling Banjo" vite, bien et avec humour.
Ceux qui sont sensibles au titre de "meilleur" sont, à nouveau... les copains, ceux qui savent ce qu'est le Bluegrass. Le tour est bouclé: cette musique ne faisant pas partie de la culture européenne, reste le fait d'amateurs plus ou moins éclairés... qui ont de plus en plus de difficultés à rajeunir leurs rangs. Et on n'arrête pas de tourner en rond dans ce cercle limité de copains-connaisseurs.
Croire que l'on va réussir à intéresser le public en organisant des concours "comme là bas" est un leurre. Aux USA, le Bluegrass n'est pas, relativement, populaire parce qu'il y a des concours, mais il y a des concours parce que cette musique à un vrai public et s'inscrit dans la culture de certains états.
Pourquoi Sanseverino fait-il un tabac ? Pas à cause des concours, ni de la FBMA, pas grâce aux amateurs de Bluegrass. Par contre, sa musique, hors normes, incompatible avec les règles des concours, touche directement le grand public parce que ce qu'il chante parle aux gens, les fait rire, les fait grincer, sur un style de musique festive, avec des musiciens qui sourient, qui s'amusent, des gars sympa qui ne tirent pas une tronche à la Tony Rice même s'ils n'en ont pas la virtuosité. Et la langue française est d'un intérêt plus grand que l'anglais que (presque) personne ne comprend. Beaucoup plus proche de la culture européenne que ce qui est présenté dans les concours de Bluegrass et annoncé comme reconnus être "le meilleur" du style par les connaisseurs.
Par contre, concours et bœufs en public sont des moyens de faire du fric sans risque: le public paye (au minimum ses consommations, parfois une entrée) mais les musiciens ne reçoivent aucun cachet... En fait de "prix réel" faussé, on ne fait pas mieux... si ce n'est inviter des musiciens à faire le bœuf en public et en leur demandant de payer le même droit d'entrée que le public...
(J'ai répondu sérieusement, ici, hein oui Dominique...

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