Darrell Scott guitariste méconnu?

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skip
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Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par skip »

Ou du moins , moins typique que beaucoup de flat-pickers et cependant capable de tenir en haleine son public de façon moins "attendue" ...donc plus interessante ! :

Juste un ( ou deux ) exemple (s) , vous en trouverez bien d'autres ( de préférence ses prestations en solitaire) ou en duo avec Le Tim O'..!

https://www.youtube.com/watch?v=8lzuOvPfi0Y...
https://www.youtube.com/watch?v=svS6MwQ5mBY

A vous d'en ajouter à la liste!

( j'ai oublié de dire qu'il savait chanter et écrire des superbes chansons ? ) , bon , ben c'est fait !!

Skip :roll:
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RésoMan
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par RésoMan »

Bonsoir,

Darrell n'est pas si méconnu que ça en tant qu'instrumentiste. Il a une très bonne cote aux USA.

C'est un instrumentiste polyvalent : guitare acoustique et électrique, mandoline, Dobro, lap steel, pedal steel, etc... Il me semble même qu'il tâte du violon.

Il a un style que j'aime beaucoup qui synthétise toutes ses expériences musicales.

Je ne saurais trop vous conseiller "Live In NYC" with Kenny Malone et Danny Thompson. Un must.


Col.ResoMan
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skip
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par skip »

RésoMan a écrit :Bonsoir,

Darrell n'est pas si méconnu que ça en tant qu'instrumentiste. Il a une très bonne cote aux USA.

C'est un instrumentiste polyvalent : guitare acoustique et électrique, mandoline, Dobro, lap steel, pedal steel, etc... Il me semble même qu'il tâte du violon.

Il a un style que j'aime beaucoup qui synthétise toutes ses expériences musicales.

Je ne saurais trop vous conseiller "Live In NYC" with Kenny Malone et Danny Thompson. Un must.


Col.ResoMan
On s'est mal compris , je crois , je voulais dire qu'à mon humble avis son jeu de guitare n'était pas apprécié comme il le devrait à sa juste valeur parmi les flat-pickers.....

Pour le reste , nous sommes bien d'accord sur le(s) talent(s) du bonhomme et ça ne date pas d'hier !

Skip. :roll:
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remco
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par remco »

https://www.youtube.com/watch?v=30RQG9-6A1Y

l'endroit y est sympa et étonnant de simplicité, le son moins mais avec Tim... :P
Rémi
isabelle
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par isabelle »

skip a écrit :
RésoMan a écrit :Bonsoir,

Darrell n'est pas si méconnu que ça en tant qu'instrumentiste. Il a une très bonne cote aux USA.

C'est un instrumentiste polyvalent : guitare acoustique et électrique, mandoline, Dobro, lap steel, pedal steel, etc... Il me semble même qu'il tâte du violon.

Il a un style que j'aime beaucoup qui synthétise toutes ses expériences musicales.

Je ne saurais trop vous conseiller "Live In NYC" with Kenny Malone et Danny Thompson. Un must.


Col.ResoMan
On s'est mal compris , je crois , je voulais dire qu'à mon humble avis son jeu de guitare n'était pas apprécié comme il le devrait à sa juste valeur parmi les flat-pickers.....

Pour le reste , nous sommes bien d'accord sur le(s) talent(s) du bonhomme et ça ne date pas d'hier !

Skip. :roll:
J'aime énormément le musicien chanteur qu'est Darrell Scott!!!
Cette chanson "River take me" est en chantier avec notre duo Watson Bridge.
parispal
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par parispal »

ça fait plaisir de voir un sujet sur Darrell Scott. C'est Phil Ochin qui doit être content !

J'avais publié un assez long article avec interview dans Crossroads à l'époque de "Hymns". Le voici ci-dessous (désolé, les pages 2 et 3 sont inversées...).

Il est accessible sur FB avec le texte dans les commentaires
https://www.facebook.com/herve.oudet/me ... 591&type=3

Je vais les mettre en dessous, pour les ceusses qui évitent FB :)
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Pièces jointes
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parispal
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par parispal »

1ere partie

DARRELL SCOTT, Nouvel observateur de l’Amérique

Darrell Scott est l’un des musiciens les plus intéressants de la scène americana, entre son Kentucky d’origine et un rock plus « américain », avec toutefois un fort penchant pour le versant appalachien de la force. De son enfance ballottée entre les paysages industriels de l’Indiana et la Californie à son arrivée à Nashville et sa rencontre avec Guy Clark, il observe et ingurgite ce qui fera la trame de son œuvre à venir. Une œuvre empreinte des vraies valeurs de l’Amérique que la sortie de Modern Hymns m’a donné envie de redécouvrir avec l’auteur pour guide.

Darrell Scott voit le jour en 1959 à London, Kentucky, petite bourgade des monts Cumberland qui dominent le Bluegrass State à l’ouest et la Virginie occidentale à l’est, entre champs de tabac et mines de charbon. Ces dernières inspireront l’une de ses chansons les plus poignantes, nous y reviendrons. Mais c’est dans les aciéries de Gary, Indiana que son père Wayne trouve du travail. Les Scott déménagent rapidement vers le nord, comme de nombreuses familles attirées par le travail plus abondant dans les villes industrielles de l’Indiana et de l’Ohio, avant de prendre la route l’ouest, direction la Californie du sud. Darrell a huit ans quand sa mère quitte le foyer au volant d’une "galaxy ford and never looked back ». Wayne Scott se retrouve seul avec cinq garçons à élever. Pour maîtriser cette fratrie imposante, il trouve deux astuces : la première, déménager fréquemment pour que les garçons ne puissent jamais frayer avec la faune locale et franchir la ligne jaune. La seconde, maintenir la cohésion familiale en donnant aux frangins le goût de la musique. Musicien de country accompli, Wayne Scott offre à Darrell — qui possède une basse depuis l’âge de six ans ! — et à ses quatre frères, Denny, Dale, Don et David, une formation “country” sur le tas, c’est à dire sur les « scènes » des roadhouses et des rads de Californie, jusqu’en Alaska ! Dans « My Father's House », qui ouvre son album Family Tree, Scott écrit : « Il disait qu’une bonne chanson ne vient jamais vers ceux qui la pourchassent/Mais vers ceux qui écoutent/Et moi je l’écoutais ». Une approche qu’il suivra à la lettre : « Les chansons que j’écris s’appuient sur mon expérience et/ou sur ce qui suscite en moi des émotions. J’écris sur la base de mes observations, et parfois aussi de mon imagination. Je vais là où les chansons veulent m’entraîner. J’espère que ce processus se fait au bénéfice de la chanson. Vous savez, je suis quelqu’un d’attentif. Si le fait d’observer mon enfance ou ma propre paternité, mon pays, le monde ou les relations qui se nouent au niveau social ou politique, me pousse à écrire quelque chose, alors j’y vais ».

He said a good song never comes to those who chase
It comes to those who listen and I'd listen to him
Waking up in the middle of the night
I know he thought we were sleeping
And with an old melody and a guitar in hand
Somewhere between dreaming and weeping
He'd sing a walk on the wild side lasts a lifetime for me
[My Father’s House]

Visiblement, la « maison de son père » n’est pas la même que celle de Bruce Springsteen. Là où le Boss fait face à un mur, à n’en pas douter perclus de pudeur, Darrell trouve en Wayne un complice avec qui il compose ses premières chansons. Sur Real Time, l’album qu’il enregistre avec Tim O’Brien en 2005, figure par exemple « With A Memory Like Mine », l’une de ses “signature songs” consacrée au poids du souvenir d’un fils parti à la guerre en train et rentré un an plus tard par le même train, dans un cercueil…

I watched them leave that Friday morning/It was in the month of May
I told my son to be a good soldier/But return again someday
He was returned one year later/And I’ll not forget the day
The baggage car is where he traveled/In a casket where he lay

Train man, keep your whistle blowing/ Make it moan, make it whine
You make a man feel mighty lonesome/ With a memory like mine

[With A Memory Like Mine]

Cette chanson n’est pas la seule que Darrell et Wayne Scott aient co-signée. « Quand j’avais seize ans, mon père a loué un chalet à Big Bear Lake, en Californie et c’est là que nous avons écrit nos premières chansons ensemble, une qu’il avait commencée et une autre que j’avais entamée de mon côté. On avait chacun besoin de l’autre pour finir le boulot ».
parispal
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par parispal »

2e partie :

Malgré ces tribulations, la musique de Darrell Scott est très fortement ancrée dans le son des Appalaches, avec ses fiddles, ses mandolines et autres banjos — un son dont il saura pourtant s’éloigner sur certains albums des années 2000. « L’utilisation d’un vocabulaire musical différent me permet de m’échapper de la “mountain music” vers le jazz ou les structures rock/pop. Mes racines se trouvent dans la musique country. Dans mon parcours, je suis venu assez tard à la musique des montagnes, mais cette musique et le folk n’ont qu’une génération ou deux d’avance sur la country classique. C’est là que la musique country puise ses racines, dans le folk et la musique des montagnes ». Cette culture musicale va de pair avec un grand appétit littéraire : « J’aime tout et tout le monde, de Hank Williams à Gordon Lightfoot, de Ray Bradbury à Walt Whitman en passant par Joni Mitchell et Johnny Cash. Et j’en oublie ».

À son tour saisi par la bougeotte, Scott repasse à l’est, et même au nord-est, puisque c’est à Toronto (Canada) qu’il se fixe et entame sa propre carrière musicale, toujours dans le circuit des honky-tonks mais cette fois en tant que pedal-steel guitarist du groupe The Mercy Brothers. En dépit des quelques hits que remportent ses compositions, Scott quitte le groupe et se fixe à Boston pour s’inscrire à la Tufts University où il étudie la poésie avec Phillip Levine. Ce séjour en Nouvelle Angleterre est en fait un véritable tournant dans sa carrière puisque c’est là qu’il rencontre le responsable d’une filiale d’EMI qui apprécie suffisamment ses chansons pour le mettre en contact avec Norbert Putnam, musicien de Muscle Shoals et producteur, entre autres, de Joan Baez (Blessed Are) et de John Hiatt (Warming up to the Ice Age). En 1991, Scott enregistre son premier album, Theater of the Unheard mais contre toute attente, le label fait marche arrière et ne publie pas l’album — lequel ne verra le jour que douze ans plus tard. En quoi l’album original — dont les titres ont été composés entre 1986 et 1990 — diffère-t-il de celui qui paraît en 2003 sur Full Light Records, le label créé par Darrell. « Rien, si ce n’est qu’à l’époque, ça aurait été le premier album d’un artiste débutant. Les chansons ne nécessitaient aucune retouche, sinon, je l’aurais fait volontiers. Il n’y avait rien à changer ou à améliorer ». Sorte de concept-album autobiographique, ce faux premier album s’articule comme une pièce de théâtre en 12 actes, 12 scènes, 12 chansons. « Le concept de pièce vient du théâtre de l’absurde que j’ai lu et étudié à la fac. Avec le temps, mes relations avec les majors ont tourné à l’absurde, mais sur le moment, ça m’échappait totalement. Tout cela m’est apparu avec le temps ». Sur la pochette figure la marionnette d’un guitariste barbu, sans aucun doute Darrell lui-même, face à une salle que l’on imagine vide, unheard. « Remarquez quand même le public représenté au verso du livret. C’est le chien du photographe ! ». Un titre se distingue par son côté « gros rock américain ». « Full Light » sonne comme du Mellencamp ou du Springsteen de la grande époque, avec notamment son chorus d’orgue. Une envie de se « mettre en lumière » avec un titre qui semble taillé pour les radios ? « Non, il s’agit juste de l’énergie rock que ce morceau pouvait transporter. Je l’ai aussi interprété en version acoustique plutôt calme et ça fonctionne très bien aussi, avec simplement une sensibilité différente ». L’instrumental « Alton Air » détonne légèrement par son ambiance à la Pat Metheny, dont il reprendra sur Modern Hymns l’instrumental « James », composé pour James Taylor. « J’adore le Pat Metheny Band des débuts. En tant que guitariste, j’improvise pas mal pendant les balances, à la maison, etc. « Alton Air » a débuté comme une improvisation que j’ai développée en un morceau complet, composé de trois ou quatre sections en laissant de la place pour les improvisations et les solos avant de revenir au thème principal, une structure qui est antérieure à Metheny ».

Tel que paru dans sa version 2003, Theatre of the Unheard marque un tournant dans l’orientation musicale de Darrell Scott avec l’arrivée de l’immense bassiste anglais Danny Thompson et du batteur Kenny Malone pour un son plus compact après deux albums à forte teneur acoustique dans la tradition appalachienne. « Ce n’est pas que j’en avais assez de ce son, mais j’ai toujours été attiré par la diversité, la variété des approches et des cadeaux que certaines personnes peuvent apporter. Je n’aimerais pas dîner au même restaurant indien du coin de la rue tous les soirs jusqu’à la fin des mes jours… ».

Douze années se sont donc écoulées entre les deux épisodes du Theater of the Unheard, pendant lesquelles Darrell Scott, déçu par la tournure des événements bostoniens a décidé de tenter sa chance à Nashville. Il y rencontre le guitariste Verlon Thompson, retrouve Sam Bush qui avait joué du violon sur le disque mort-né et surtout Guy Clark. « Guy est l’une des quatre personnes que je connaissais quand je suis arrivé à Nashville. Un an après, je participais à mes premières sessions en studio avec Guy, grâce à Verlon avec qui il joue encore aujourd’hui ». Nanci Griffith se souvient de la première rencontre de Guy Clark et de Darrell Scott : « Nous étions sur le point d’enregistrer l’album Dublin Blues et Guy souhaitait ajouter un nouvel élément rythmique. Un soir, nous sommes allés écouter Verlon et sa femme Suzy Ragsdale qui partageaient la scène avec d’autres musiciens. J’avais déjà croisé Darrell à plusieurs reprises et même enregistré avec lui. À l’entracte, Guy se penche vers moi et me dit : "Ce type est le meilleur guitariste acoustique rythmique que j’aie jamais entendu de toute ma vie ! Il nous faut ce gars sur l’album". C’est ainsi que Darrell a été engagé pour les sessions de Dublin Blues. Il a apporté un nouvelle sensibilité ». Mais il doit faire preuve d’ingéniosité pour trouver sa place en tant que troisième guitariste. « Quand je suis arrivé au studio, je savais que Guy allait jouer de la guitare, de même que Verlon, et que j’allais devoir me faire mon trou. J’avais une vieille guitare qui n’avait jamais sonné correctement dans les tonalités standard, alors je l’ai baissée de plusieurs tons pour obtenir un son vraiment grave. Du coup, on ne sonnait pas comme une armée de guitaristes. On entend cette guitare sur « Baby Took a Limo » et « Dublin Blues ». Ça ressemble à un open tuning, mais c’est juste une gratte un peu plus grave que les autres. Ça aurait pu être un désastre, mais Verlon et moi avons joué ensemble tellement souvent, et nous avons des oreilles énormes, nous savons tous les deux écouter et nous sommes véritablement ancrés dans les chansons… ».

Sa polyvalence est également un atout de taille. Sur les quatre albums qu’il enregistrera avec Clark, Darrell joue de la guitare, mais aussi du dobro, de la mandoline, du flageolet, de la slide guitar, du dulcimer, de l’autoharp, de l’accordéon et du mandocello ! « Dès que je parviens à saisir la logique d’un instrument, c’est à dire à comprendre s’il est accordé à la quarte comme une guitare ou à la quinte comme une mandoline, en accord ouvert comme un banjo ou un dobro, dans une variation d’un accord ouvert comme une pedal steel, eh bien j’arrive à en sortir quelque chose qui ressemble à la musique ».

Darrell participera à trois albums studio de Guy Clark (Dublin Blues en 1995, Cold Dog Soup en 1999 et The Dark en 2002), ainsi qu’au magistral album live, Keepers en 1997, une expérience en tous points exceptionnelle : « Jouer avec Guy Clark, soutenir sa musique, son écriture, jouer sur des chansons qui comptent parmi les meilleures jamais écrites dans notre langue, c’est vraiment unique ». Sur Keepers figure « Out In The Parking Lot », un titre qu’ils ont écrit ensemble. « Ce n’est pas la seule. Nous en avons écrit une autre, mais nous ne l’avouerons ni l’un ni l’autre ! ». Dans la biographie Songbuilder, The Music and Life of Guy Clark, Darrell explique comment « Out In The Parking Lot » a été composée : « Nous avons écrit ce morceau dès notre deuxième rencontre. Guy tenait les paroles depuis un petit moment mais il ne parvenait pas à y coller une musique. Il a essayé avec plusieurs personnes et j’ai essayé à mon tour. Je ne me souviens pas avoir autant bossé sur une chanson de toute ma vie! En fait, j’ai tendance à laisser tomber plus tôt ! Nous avons essayé plusieurs styles pour habiller ces paroles, en country, en honky-tonk et d’autres trucs. Et à un moment, Guy s’est demandé ce que Springsteen ferait à notre place ! Nous avions parlé entre nous de « Racing in the Streets » qui est une grande chanson, un classique. Cette allusion à Springsteen m’a aidé à trouver une mélodie et une suite d’accords. Nous avons écrit des paroles supplémentaires et quelques jours plus tard, nous tenions « Out In The Parking Lot » telle que Guy la joue aujourd’hui. Nous étions sacrément heureux d’en avoir terminé avec ce morceau ! ».

I love to see the neon dancin' on the gravel
I love to hear the pickup trucks come unraveled
Some have given up, some have given in
Looks like everybody's looking for a friend
Out in the parking lot
[Out In The Parking Lot]

Parallèlement à ses séances et ses concerts avec Clark, Darrell enregistre son premier album solo, en fait son deuxième, intitulé Aloha From Nashville qui sort en 1997 chez Sugar Hill. Sur ce superbe album figure l’une de ses plus émouvantes chansons, « You'll Never Leave Harlan Alive », récemment reprise par Kathy Mattea sur Coal, et consacrée à la région où il est né, dans les monts Cumberland de l’est du Kentucky. « Cette chanson est basée sur la mythologie du comté de Harlan. C’est de là que vient ma famille, à la fois du côté de ma mère et de mon père. Du coup, la mythologie est très présente. J’ai écrit cette chanson à propos de l’un de mes arrière-grands-pères qui a été excommunié de l’histoire familiale il y a une centaine d’années. Je suis allé à Harlan County pour faire des recherches et savoir ce qui lui était arrivé. Mais malgré tous les documents que j’ai pu me procurer (certificats de naissance, de mariage et de décès), je n’ai rien trouvé de nouveau. Si bien qu’une semaine après ce séjour à Harlan County, mon imagination s’est mise en marche et cette chanson en a jailli d’un seul coup ».

But the times, they got hard and tobacco wasn't selling
And old Granddad knew what he'd do to survive
He went and dug for Harlan coal
And sent the money back to Granny
But he never left Harlan alive

[You'll Never Leave Harlan Alive]

On trouve également sur cet album des morceaux-phares du répertoire de Scott, comme « It’s A Great Day To Be Alive » ou « It’s The Whiskey That Eases The Pain », que son auteur, Wayne Scott, enregistrera en 2005 sur son premier album solo (The Weary Way). Paru en 1999, Family Tree creuse les mêmes sillons, sur les thèmes de la famille (« My Father’s House », « I Never Had A Sister » et bien sûr le morceau-titre), reprenant même un morceau de Steely Dan, « Any World » (« Any world that I'm welcome to/Is better than the one I come from »). La même année, Scott marque une pause dans sa carrière solo et enregistre Real Time, escapade bluegrass avec l’un des maîtres de la mandoline et du fiddle, Tim O'Brien. « Nous avons beaucoup tourné, Tim et moi, en Europe et aux États-Unis, parcourant des kilomètres en écoutant de vieux “field recordings”. On sait que ces enregistrements effectués sur le terrain ont davantage d’immédiateté que ce qui sort de studios étanches à toute spontanéité. C’est ce qui nous a donné envie de faire une sorte de "field recordings" des temps modernes comme l’auraient fait Alan Lomax, Pete Seeger ou Leadbelly, en essayant de saisir cette spontanéité avec laquelle Tim et moi-même nous jouons, nous chantons et parfois nous composons. Et tous les deux, on en connaît un sacré rayon en bonnes chansons du domaine public ou de Hank Williams ». Cet album capté « en temps réel » dans le salon de Tim O’Brien (d’où son titre) — et où l’on trouve deux reprises de Hank Williams — vaudra à Darrell deux nominations aux Grammy Awards, l’une pour « Long Time Gone », l’autre pour l’instrumental « The Second Mouse » où se croisent tous les instruments chers aux deux musiciens sur un rythme échevelé entre bluegrass et manouche, bande-sonore idéale pour illustrer un dessin animé ! Ceux qui ont assisté à un concert de Guy Clark connaissent cette souris, l’une des blagues historiques du Texan, déviation du dicton populaire selon lequel l’avenir appartient à celui qui se lève tôt : « It’s the early bird that catches the worm…., but it’s the second mouse that gets the cheese » (« c’est l’oiseau du matin qui attrape le ver de terre, mais c’est la deuxième souris qui chope le fromage) ! Ces deux nominations lui valent un certain prestige. « Bien sûr, je suis très sensible à ce type d’honneur et ému de faire partie des nominés aux Grammy Awards. C’est l’une des plus belles soirées auxquelles j’ai assisté et c’est vrai que l’expression "Grammy", ça en jette ! » S’il ne décroche pas la timbale aux Oscars de la musique, Scott reçoit à deux reprises le titre de « Meilleur songwriter de l’année » : d’abord en 2001, de la part de la Nashville Songwriters Association International, et l’année suivante de la part de l’association américaine des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (ASCAP). Au fait, les paroles de « Long Time Gone », que les Dixie Chicks propulseront en haut des charts, taillent un short à la nouvelle country, avec jeux de mots sur Merle Haggard et Johnny Cash au passage :

We listen to the radio to hear what’s cookin’
But the music ain’t got no soul
Now they sound tired but they don’t sound Haggard
They got money but they’don’t have Cash
They got Junior but they don’t have Hank
I think, I think, I think, the rest is a long time gone

[Long Time Gone]
Dernière modification par parispal le ven. déc. 12, 2014 8:37 pm, modifié 1 fois.
parispal
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par parispal »

3eme partie

Au cours des années qui suivent, Darrell Scott poursuit sa carrière tambour battant, entre les albums de Guy Clark, dont The Dark, chef d’œuvre total de 2002, les tournées au sein des Bluegrass Dukes de Steve Earle, la création en 2003 de son propre label Full Light Records sur lequel paraissent Theater of the Unheard et, l’année suivante un album live, témoignage de ses concerts en power trio avec Kenny Malone et Danny Thompson. Live In NC est un album fort, entre le son acoustique traditionnel de « With a Memory Like Mine » et l’énergie rock de « Miracle of Living » et « River Take Me » où Scott triture sa Gibson Lespaul, épaulé par la batterie de Kenny Malone et surtout la contrebasse omniprésente de Danny Thompson. Live In NC est un concentré en 9 titres de la musique de Scott, avec des reprises telles que « Folsom Prison Blues » et « I Still Miss Someone » de Johnny Cash ou « White Freight Liner Blues » de Townes van Zandt. « Nous avons tout enregistré en un week-end car Danny Thompson vit à Londres et que Kenny Malone n’aime pas trop prendre la route. Et je ne peux pas toujours me payer ces deux pointures. Cet album est le résultat de notre week-end en bus en Caroline du Nord, entre le Ziggy’s de Winston-Salem et le Cat’s Cradle à Carrboro ».

En 2005, le fiston décide de produire l’album que son père aurait pu – et dû – enregistrer il y a belle lurette. « My Father’s House » se terminait sur le paroles suivantes : « Il y avait une grande malle noire dans la maison de mon père/Il y rangeait les grands livres dans lesquels il écrivait/Je l’ai ouverte avant de quitter la maison/Pour voir si je pourrais en savoir un peu plus sur lui/J’y ai trouvé toutes les lettres écrites à ma mère et jamais envoyées/Un miracle qu’il n’en soit pas mort /Et puis il y avait ces vers, ces mots ces chansons/Pas loin de valoir Hank Williams ». Darrell fait bien les choses et convoque ses amis, et pas les pires (Guy Clark, Dirk Powell, Tim O'Brien et Danny Thompson) pour donner vie à ces chansons oubliées, datant de l’époque où Wayne Scott et ses fils enfilaient cinq sets dans les honky-tonks de Californie. Elles n’avaient jamais été jouées en public et seul Darrell en connaissait l’existence. Dans les titres qui composent The Weary Way, Wayne Scott aborde quatre thèmes principaux : le travail, la famille, la religion et la musique. « Probablement dans cet ordre », précise Darrell.

Enregistré en grande partie dans son salon avec Tim O’Brien, Danny Thompson, Verlon Thompson, Kenny Malone, Sam Bush et Richard Bennett, The Invisible Man voit le jour en 2006. « Tous ces musiciens sont mes amis. Quand on fait un disque, on passe plus de temps à jouer avec les gosses ou à causer de motos qu’à faire de la musique ! ». Par rapport aux disques précédents, The Invisible Man est plus rock, davantage orchestré avec plusieurs couches instrumentales, entre guitare électrique et mandoline. Et ces arrangements fonctionnent parfaitement. Sorte de concept- album, The Invisible Man est visité par un souffle épique et homogène, de « Hank Williams’ Ghost » à « In My Final Hour », un véritable périple à travers toutes les émotions en compagnie d’un homme invisible, alter-ego de l’artiste « qui peut ainsi observer sans être vu ». Et l’on revient donc à cette nécessité de bien observer avant d’écrire. « Une bonne chanson vient à ceux qui écoutent/Et moi je l’écoutais ». Merci Papa pour les conseils.

Nous sommes en 2008 et depuis deux ans, Darrell Scott est “artiste résident” de l’Orchestra Nashville dont les membres apparaissent sur la reprise de « Joan of Arc » sur Modern Hymns. Au sein de cet orchestre, il tente de créer ce qu’il appelle des « happenings musicaux variés, aussi curieux que possible », où Sam Bush et Bill Frisell côtoient une section de cordes. Il a par ailleurs amassé de nombreuses chansons et idées pour ses albums en projet: des enregistrements instrumentaux, un vrai album de country, un album de duos et un enregistrement en groupe de chansons roots, americana et folk-rock. Avec un emploi du temps aussi chargé, pas étonnant que Darrell Scott ait refusé de diriger le groupe de Joan Baez et d’accompagner Alison Krauss et Robert Plant en tournée…

D’autant plus qu’il avait sur le feu un album énorme, Modern Hymns, chroniqué dans le numéro 13 de votre illustré préféré et dont il est question dans l’interview qui suit.

« Darrell Scott est un songwriter, un musicien et un performer de classe mondiale. Un type complet ! », Verlon Thompson

« La musique de Darrell est composée de talent et de cœur, d’âme et de grâce, de puissance et de poésie, de charme et d’esprit, de funk et de tripes. Je suis un énorme fan » Rodney Crowell

Jacques-Eric Legarde

Pour en savoir davantage sur l’amitié qui lie Darrell Scott, Guy Clark et Verlon Thompson ou, surtout, pour connaître la carrière du colosse Texan de A à Z, lisez Songbuilder, The life and music of Guy Clark, de Nick Evans & Jeff Horne, avec un avant-propos de Lyle Lovett (Amber Waves, 1998).
parispal
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Re: Darrell Scott guitariste méconnu?

Message par parispal »

Interview avec Darrell Scott

Quelques hymnes à la fois

On ne compte plus les artistes qui ont repris les chansons de Darrell Scott, des Dixie Chicks à Garth Brooks, de Faith Hill à Keb Mo, de Patty Loveless à Kathy Mattea. Aujourd’hui, Darrell Scott change de camp et à son tour s’approprie les œuvres d’autres artistes, et pas n’importe lesquels.

J’imagine que la sélection de ces douze titres n’a pas été une partie de plaisir. Qu’est ce qui a guidé votre choix ?
Au contraire, cette sélection s’est faite très facilement. Je n’aurais pas pu choisir une autre chanson de Guy Clark, de John Hartford, de Joni Mitchell, de Mickey Newbury ou de Gordon Lightfoot. J’avais décidé de reprendre une seule chanson par auteur, et celles-là se sont imposées. Mais si j’avais dû en choisir deux, ça ne m’aurait pas posé de problème non plus !

La plupart des chansons reprises ont été écrites par des artistes que tout le monde connaît. Mais qui est cet Adam Mitchell coincé entre Joni Mitchell et Kris Kristofferson ?

Lorsque je prépare l’ordre des morceaux d’un disque, j’ai la sensation d’être un dinosaure car je pars du principe que quelqu’un l’écoutera, comme moi, du début à la fin. Je me rends compte que depuis un petit moment, le téléchargement de chansons isolées est devenu la règle. J’ai décidé d’intégrer la chorale gospel des Fisk Jubilee Singers avant la chanson d’Adam Mitchell (« Out Among The Stars ») parce que c’était intéressant du point de vue sonore par rapport à ce qui précédait. Et le fait d’entendre la contrebasse de Danny Thompson sortir des enceintes sur le morceau de Kris Kristofferson est un autre plaisir sonore par rapport à ce qui précède. Je suis un peu vieux jeu, j’écoute les chansons séparément mais surtout j’écoute les disques comme un tout. [pour revenir à Adam Mitchell, « Out Among The Stars » a été reprise par Merle Haggard, Waylon Jennings, mais il est aussi l’auteur de hits pour Kiss et Manhattan Transfer !]

D’autres noms, d’autres titres dans votre shortlist ?
En fait, il n’y a qu’une seule chanson qui était prévue et que je n’ai pas pu enregistrer : « Diamonds and Rust » de Joan Baez. Il nous restait une vingtaine de minutes à peine en studio pour enregistrer quelque chose et je savais qu’on pouvait mettre « Jesus was a Capricorn » en boîte en 20 minutes mais que c’était largement insuffisant pour « Diamonds and Rust ».

À l’exception de Guy Clark, bien sûr, avez-vous déjà rencontré ces artistes ?
J’ai rencontré John Hartford et Gordon Lightfoot et j’ai juste croisé Pat Metheny un jour dans un aéroport à Charlotte sans toutefois lui parler. Et Paul Simon m’a envoyé un e-mail pour me dire qu’il aimait bien ma version de « American Tune ».

Avec lesquels aimeriez-vous jouer?
Tous, surtout ceux qui sont morts.

Parlons des chansons. Quelle est votre définition d’un hymne moderne ?
Une chanson sacrée, écrite au cours de ces quarante dernières années, à peu près.

J’imagine que vous auriez aimé composer ces chansons vous-même ?
Je suis heureux que quelqu’un les ait écrites. Peu importe que ce soit moi ou un autre. Ce qui compte, c’est qu’elles existent.

Est-ce que ces chansons ont influencé votre façon d’écrire et de composer ?
Premièrement, elles ont eu un impact sur moi en tant qu’auditeur. Tous ces gens ont influencé mes capacités artistiques, y compris le songwriting. Ce sont des artistes, des vrais artistes, des artistes intemporels.

Sur « Joan Of Arc », avez-vous essayé de chanter comme Leonard Cohen? Qui a pensé à Mary Gauthier ?
J’avais envie de chanter dans le registre de Leonard Cohen. J’aurais pu monter d’un octave, mais cela sentait moins ancré, moins profond, comme si je me forçais à ne pas chanter comme Cohen ! J’ai demandé à Mary Gauthier ce qu’elle en pensait (nous chantions la chanson en même temps) et elle m’a convaincu de chanter dans un registre grave. J’ai pensé à elle pour le personnage de Jeanne d’Arc parce que cette chanson est ironique et gravée dans la pierre avec la version que Jennifer Warnes et Leonard Cohen interprètent en duo sur l’album Famous Blue Raincoat. Je voulais que Joan soit un être humain habité, expérimenté, voire même épuisé. Essayer de représenter Jeanne d’Arc sous la forme d’un soprano angélique ne m’intéressait pas.

En écoutant votre version de « That Old Time Feeling », je me suis dit que c’était peut-être la plus belle chanson écrite par Guy Clark…
C’est peut-être bien la plus belle chanson écrite par qui que soit…

Et Dylan ?
Je n’ai jamais rencontré Bob Dylan, mais j’espère que j’aurai une guitare à proximité si ça se produit un jour. C’est lui aussi un artiste intemporel, au sommet de la chaîne alimentaire !

La production est très orientée vers le bluegrass avec des harmonies gospel mais la contrebasse de Danny Thompson ajoute ne permanence une touche de jazz. qu’en pensez-vous ?
Absolument. J’adore les buffets variés !

Depuis Theatre of the Unheard, tous vos albums sont sortis sur votre propre label, Full Light Records. Modern Hymns est le premier chez Appleseed Records. Pourquoi ce changement ?
Tout simplement pour que quelqu’un d’autre en assure le financement, et également pour voir ce qu’un label folk va faire de ce qui est, par essence, un disque de folk.

En quoi faites-vous partie de cette famille qui inclut également Pete Seeger, Tom Paxton, Roger McGuinn ou Eric Andersen?
Parce que j’adore le folk. Le folk est notre musique la plus humaine, la plus profonde.

Pour reprendre la signature du label Appleseed, « do you believe in the power of music »?
Bien sûr que je crois au pouvoir de la musique !

And that old time feelin' goes sneakin' down the hall,
Like an old gray cat in winter, keepin' close to the wall.
And that old time feelin' comes stumblin' up the street,
Like an old salesman kickin’ the papers from his feet.

[That Old Time Feelin’ (Guy Clark)]
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